MERCI! L’innovation Nudge du programme « Sécurité Oblige » de Green Cycling

« MERCI »
L’innovation Nudge de Sécurité Oblige/Green Cycling, pour sécuriser
les routes de campagne de nos communes rurales.

Face à l’urgence vitale sur nos routes de campagne — où se concentrent 54 % de la mortalité cycliste — le déploiement d’infrastructures lourdes se heurte à un « mur budgétaire » de plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Cet article explore une alternative agile et scientifiquement prouvée : le Nudge. À travers l’expérimentation pilote de Poullaouen et l’ambition de l‘Estivale Bretonne 2026, découvrez comment la signalétique comportementale « Merci 1,5 m » transforme le partage de la route, passant de la contrainte réglementaire au réflexe de civisme.

Source documentaire : Bilan national de la sécurité routière 2024 / Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière (ONISR).

  1. Plus de 40 000 victimes en 2024 : une urgence vitale

Le cycliste est d’une extrême vulnérabilité : il représente 17 % des blessés graves de la route pour 7 % des tués.

Ce bilan s’alourdit chaque année (+20 % de décès par rapport à 2019, +52 % par rapport à 2010).

Les chiffres de 2024 sont éloquents : 224 décès, 2 577 blessés graves et 37 923 blessés légers.

À la fin novembre 2025, le bilan provisoire s’établit déjà à 221 cyclistes tués, confirmant une tendance critique.

  1. L’urgence d’agir hors des villes

Contrairement aux idées reçues, la ville n’est pas le lieu le plus meurtrier. Si le réseau urbain concentre les accrochages fréquents, c’est sur nos routes de campagne que se jouent les drames les plus violents.

Le vrai danger est rural : il concentre 54 % de la mortalité totale (121 tués), dont 75 % surviennent hors agglomération.

  1. Un million de kilomètres : le défi du réseau rural

Le réseau routier français totalise 1,1 million de kilomètres, dont plus de 700 000 km de voies communales et près de 384 000 km de routes départementales.

Pour le million de kilomètres accessibles aux cyclistes, 740 000 km se situent hors agglomération.

Ce réseau est celui de tous les dangers, car les vitesses pratiquées rendent tout frôlement potentiellement mortel.

  1. Le mirage des infrastructures lourdes en milieu rural

Si le réseau cyclable français atteint 88 000 km en 2025, la stratégie du « tout-aménagement séparé » montre ses limites.

Entre un coût prohibitif (de 250 000 € à 1,9 M€/km) et un entretien souvent défaillant (chaussée glissante, nids de poule), ces voies sont inadaptées à la pratique des cyclosportifs et des coureurs cyclistes.

Le déploiement à grande échelle se heurte surtout à une impasse financière : sécuriser seulement 10 % des 740 000 km ruraux coûterait la bagatelle de 18,5 milliards d’euros.

Face à ce « mur budgétaire », le dédoublement systématique des routes est une utopie.

  1. Le paradoxe institutionnel : l’urgence de l’action locale

Bien que 75 % des accidents mortels aient lieu sur les routes départementales (RD), les maires se retrouvent souvent impuissants, leur autorité s’arrêtant aux voies communales.

Face à des cycles d’homologation nationaux pouvant durer dix ans, un « vide sécuritaire » s’installe.

Refusant l’attentisme, des collectivités invoquent désormais le principe de précaution.

Elles déploient leur propre signalisation, « tolérée par l’État » comme : « La route se partage », « Partageons la route »,« Merci 1,5m », en s’appuyant sur le CGCT (articles L2212-2 et L2213-1) et le Code de la Route (article R414-4) pour protéger immédiatement les usagers vulnérables.

  1. Le facteur humain : le cœur du problème

Les analyses de l’ONISR sont sans appel : 9 accidents sur 10 impliquant un tiers sont liés à des défaillances comportementales.

  • Côté véhicules : Vitesse (29 %), inattention (27 %), alcool/stupéfiants (24 %). Incivilités.
  • Côté cyclistes : Inattention (25 %), non-respect des priorités (23 %), défaut de casque (51 %).
    Incivilités.

L’infrastructure seule ne peut tout résoudre.

Puisque le danger provient du non-respect des 1,50 m de dépassement et des comportements dangereux, la réponse doit être psychologique.

  1. La solution « Merci 1,5 m » : l’intelligence comportementale (Nudge)

Le Nudge (« coup de pouce ») consiste à modifier l’environnement pour inciter au bon comportement sans jamais contraindre.

Plutôt que l’injonction froide, la signalisation « MERCI » utilise la réciprocité sociale :

  • L’effet d’engagement : En disant merci avant l’acte, on installe le conducteur dans un rôle de « citoyen protecteur ».
  • La pacification : On désamorce l’agressivité liée au ralentissement.
  • L’automatisme :Le message sollicite le Système 1 (intuitif)  de notre cerveau pour créer un réflexe de bienveillance, évitant les résistances du Système 2 (analytique/rationnel).
  1. Mise en œuvre opérationnelle : le pilote de Poullaouen (29)

L’expérimentation menée depuis fin 2024 à Poullaouen rompt avec les codes punitifs (le rouge) pour adopter des couleurs incitatives :

  • 8.1 Entrée et sortie de bourg et voies communales (Vert) Le panneau « MERCI – 1,5m – Sécurité oblige » accueille le conducteur et crée un contrat de bienveillance immédiat.
  • 8.2 Routes départementales (Bleu) :Le visuel utilise le mimétisme des panneaux d’indication officiels pour conférer une autorité institutionnelle tout en restant dans le registre de la gratitude

Ce dispositif humanise la relation entre l’automobiliste et le cycliste, transformant un dépassement conflictuel en un acte de protection délibéré.

  1. L’application sur l’Estivale Bretonne : Cap sur 2026

Fort du succès à Poullaouen, l’ambition est de déployer ce dispositif sur l’ensemble des communes partenaires de l’Estivale Bretonne, une course cycliste Elite réputée.
Le projet repose sur trois piliers :

  • Technique : Installation de la signalétique Nudge « MERCI » sur les points névralgiques.
  • Communication :Valorisation du label « Cité du Cyclisme » auprès des administrés.
  • Évaluation : Suivi des comportements pour devenir une référence nationale en innovation routière.
  1. Conclusion

À l’horizon 2026, l’Estivale Bretonne a l’ambition de prouver que l’agilité et l’intelligence comportementale sont les clés d’une sécurité routière moderne. Ensemble, transformons le partage de la route : passons de la règle subie au réflexe de civisme, pour faire de nos routes rurales un modèle inspirant pour la France entière.

 Rémi Madec  22 Janvier 2026

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