Cyclovolcanique: Mission accomplie à Guadalcanal!

velo conceptLe cercle de feu du Pacifique
Par Janick Lemieux et Pierre Bouchard

Guadalcanal, la plus grande île de l’archipel des Salomon, a été le théâtre des plus violents combats entre les Japonais et États-uniens durant la Deuxième Guerre Mondiale. Après avoir occupé Tulagi, la capitale des Salomon durant l’ère du protectorat britannique (de 1893 à 1978), les Japonais se sont installés sur Guadalcanal en juin 1942. Les États-uniens, depuis leur nouvelle base au Vanuatu, se sont sitôt empressés de débarquer à Red Beach, ici, pour contrer les avancements de la machine de guerre nipponne. S’ensuivirent 6 mois de combats sanglants avec 6 batailles navales coulant 67 navires—ces épaves submergées…et les merveilles de l’univers corallien des Salomon attirent plongeurs du monde entier! Les affrontements sur mer, terre et dans les airs ont fait 7 000 victimes parmi les rangs des Alliés et 40 000 chez les Japonais. La campagne de Guadalcanal, dans les propres mots de l’amiral japonais Tanaka, a joué un rôle décisif dans la capitulation de son pays et la conclusion de la Deuxième Guerre Mondiale: «Sur ces rivages insignifiants, habités de simples insulaires seulement, s’est joué le sort du Japon!»
C’est «sur ces rivages insignifiants» que nous touchons terre à nouveau. Cette fois, nous étions embarqués depuis Viru Harbour à bord du M.V. Temotu en destination du port d’Honiara, l’actuelle capitale née du ramassis de hangars et entrepôts de tôle ondulée laissés par les Alliés au terme de la guerre. Il y a moins longtemps, une autre bataille est venue troubler le quotidien des insulaires. C’est surtout ici et autour de la capitale que les tensions ethniques entre les clans de Guadalcanal et ceux de Malaita, organisés en factions armées clandestines, respectivement les GRA (Guadalcanal Revolution Army) et MEF (Malaita Eagle Force), ont fait le plus de ravages. Nourrie par la rivalité naturelle entre ces deux îles voisines, une spirale d’attaques et représailles—la réciprocité est au cœur de la «kastom» mélanésienne et régit tous ses échanges, qu’ils soient pacifiques, belliqueux ou…cannibalesques!—ont mené au coup d’état perpétré par les brigades du MEF le 5 Juin 2000. Les autorités dépassées par les évènements, la sécurité publique s’est vite volatilisée et l’a remplacée un climat d’anarchie caractérisé surtout par des actes d’extorsion de toutes sortes: chantage à main armée dans les demeures de la classe moyenne, les commerces (appartenant presque exclusivement à des membres de la communauté locale chinoise), les institutions financières et bureaux du gouvernement! Les nouveaux élus n’ont réussi à accomplir qu’une chose: formuler une demande d’aide officielle aux dirigeants des pays voisins, surtout l’Australie et la Nouvelle-Zélande, afin d’y rétablir l’ordre! On a répondu favorablement à la demande en créant l’opération RAMSI (Regional Assistance Mission to Solomon Islands). C’était en juillet dernier, nous étions chez les Kiwis et gardions un œil sur les manchettes…
Même si le respect de la loi et l’ordre sont de retour dans les rues d’Honiara et villages de Guadalcanal, bien des armes remises aux officiers de RAMSI, les groupes rebels démantelés, la police nationale et le gouvernement en train de subir réformes et remodelage, il reste beaucoup à faire pour reconstruire le pays, son économie et infrastructure. Entre deux pannes d’électricité—en pleine semaine, entre 9h00 et 17h00, il n’y a que deux heures de courant!–, nous alternons à taper des textes et courriels sur notre nouveau portable tandis que nous préparons notre sortie d’ici et familiarisons avec cette frêle capitale. En attendant que le Temotu nous ramène dans la Western Province— deuxième essai pour le Kavachi…voir communication précédente!—et y jouer les sardines fumées sur son pont supérieur une fois de plus, partons nous dégourdir sur la côte de Guadalcanal jusqu’à Mangakiki, quelque 65 kilomètres à l’ouest d’Honiara. La route pavée, puis perforée d’immenses nids de poule, prend rapidement les allures d’une charmante piste d’île de province! On réagit à notre caravane, occupés à se diriger au potager, couper du bois, sécher ou décortiquer son coprah…parader nonchalamment, nous saluant avec un large sourire écarlate: stigmates de la fameuse «betel nut», noix à la peau verte et alcaloïde stimulant qu’on mastique bien ici, en fait, le sport national des Salomon!
Remarquons que nos conversations ne manquent jamais d’évoquer les «tensions», devenues une espèce de référence temporelle qu’accompagne généralement un certain malaise. On nous raconte comment on a fui la côte pour se réfugier dans des villages de l’intérieur ou retourné chez ses parents dans une autre île. Fait étrange, et pas seulement sur Guadalcanal, dans les îles de la Western Province aussi presque tout le monde croyait que nous sommes deux agents de RAMSI…
Nous dormons chez les catholiques de Visale à l’aller, une chambre avec vue sur l’île de Savo, autre centre d’activité géothermique où abondent les «mégapodes» et campons dans l’église inachevée des anglicans du collège Selwyn au retour. Nous lions rapidement avec d’intéressants professeurs, dont le premier diplômé en théâtre de l’histoire des Salomon et son épouse de Papouasie Nouvelle-Guinée, costumière et maquilleuse…pas des professions très en demande aux Salomon! On nous apprend que le campus avait été «perquisitionné» par les rebels du GRA au plus fort des «tensions». Écoutons les nouvelles à la radio ensemble et discutons de l’éventuelle grève générale que promeuvent les syndicats du pays. Le lendemain matin, en plus de succulentes pâtisseries au coco, ils nous apportent une nouvelle tragique qui nous coupe l’appétit: le fils d’un collègue venait juste d’être happé à mort par une camionnette alors qu’il se rendait à bicyclette à l’école primaire du village d’à côté! Les auteurs du crime: 3 jeunes hommes ivres à bord d’un pick-up officiel des Nations Unies…! Des villageois arrivés en vrombe sur les lieux de l’accident ont instinctivement entrepris de détruire la camionnette et brutaliser ses occupants. C’est le père de la victime lui-même qui est intervenu pour mettre un terme au carnage et…sauver son frère, l’un des responsables de la mort de son fils de 11 ans! Dennis, le dramaturge converti en professeur de sciences sociales commente: «Si RAMSI n’était pas ici, il n’y aurait eu aucune manière d’arrêter les villageois. Ils auraient battus les coupables jusqu’à ce que mort s’ensuive!»

Légende des photos
Photo 1: après les raids des chasseurs de têtes, les rapts des «Black Birders» (esclavagistes du 19ème siècle), les combats de la Deuxième Guerre Mondiale et les «tensions», la vie reprend triomphalement son cours normal et paisible le long de la côte de Guadalcanal.
Photo 2: le désarmement de chaque village des régions affectées par le conflit a été une priorité pour la Mission d’Assistance Régionale aux Îles Salomon (RAMSI). Ici, devant la chapelle catholique du hameau de Mangakiki, terminus occidental de notre ballade sur la côte de Guadalcanal, on clame «mission accomplie!»

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