Le Budget du Plan Vélo passe à la trappe en 2026: Un coup d’arrêt brutal?…
L’effondrement du budget du « plan vélo » met un brutal coup d’arrêt à une dynamique pourtant encourageante. Les petites villes risquent d’être les plus lourdement touchées.
« Nous sommes dans une phase de régression totale sur tous les sujets vélo. Le gouvernement a décidé de tout démanteler », s’alarme Céline Scornavacca, coprésidente de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB). La structure représente un réseau de 550 associations locales dédiées à la promotion du vélo, représentant 30 000 adhérents, et pilote plusieurs des dispositifs phares du « plan vélo » déployé depuis 2020.
Comme elle, la plupart des acteurs et actrices du petit monde du vélo nourrissent ces derniers mois un sentiment mêlé d’inquiétude et de consternation. Le budget 2026, non encore définitif, risque de s’achever sur un coup de grâce à la politique nationale de développement du vélo.
Un budget qui a fondu
La partie de ce plan financé sur le budget de l’État a déjà fondu de 250 à 50 millions d’euros l’année dernière et pourrait encore fondre à 31 millions d’euros en 2026, à en croire la première version du projet de loi de finances. Les pronostics ne sont pas optimistes quant à ce qui figurera dans la version finale, même si un maintien du statu quo à 50 millions n’est pas exclu. Le gouvernement doit révéler le 23 janvier la copie qu’il compte faire adopter, d’ici à deux semaines, sans vote.
La seconde partie du financement du plan vélo, reposant sur des Certificats d’économie d’énergie (CEE), va, elle, tomber à zéro en 2026. Cette enveloppe, prélevée sur les factures énergétiques des ménages et ne transitant pas par le budget de l’État, a été largement réorientée pour financer des dispositifs desquels l’État souhaite se désengager, comme le leasing social (location longue durée de voiture électrique, sous conditions de ressources).
« C’est décevant, car nous avions entamé une dynamique qui montrait des résultats. Et le travail n’est pas du tout fini », dit Céline Scornavacca.
Des projets qui se construisent sur plusieurs années
Les aides d’État étaient distribuées aux collectivités sous forme d’appels à projet, pour boucler le budget de projets d’aménagement cyclables. « Ce sont des projets qui se construisent sur plusieurs années. Il faut lancer des études urbanistiques, d’ingénierie, de végétalisation, etc. Le plan de vélo offrait une opportunité de boucler leur budget. Les villes se sont projetées et “pouf”, subitement tout saute », regrette Camille Thomé, co-directrice du réseau Vélo et Marche, fédérant des collectivités locales. Un rétropédalage d’autant plus douloureux que les dotations de l’État aux collectivités ne cessent de se comprimer.
Au bout du compte, il est probable que ce soit les petites communes qui subissent le plus lourdement la fin de la politique nationale de soutien au vélo. « C’était un moyen d’essayer de gommer le développement à deux vitesses et les inégalités territoriales qui grandissent », insiste Camille Thomé.
« Les petites villes ne pourront pas poursuivre seules les investissements »
« Les petites villes ne pourront pas poursuivre seules les investissements, poursuit-elle, alors que les grandes villes, en échelonnant et en s’organisant pourront continuer à tisser un réseau cyclable. »
« Ce n’est pas qu’une question d’argent, complète Céline Scornavacca. Sans un ministre qui répète que “le vélo est important” et qu’il “change la vie des gens”, les maires ont plus de difficultés à porter leurs projets. »
Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, assume. Lors de son audition au Sénat le 4 novembre, il affirmait que « beaucoup d’argent a été investi pour le vélo ces dernières années » avant de poursuivre : « C’est une réussite. Nous voyons maintenant des infrastructures dans nombre de communes. Dans ce contexte, faut-il encore investir autant ? Je ne le crois pas, même si nous ne devons pas casser la dynamique. » Exit, donc, l’ambition affichée en 2023 par Élisabeth Borne de doubler la taille du réseau cyclable sécurisé d’ici 2030, en la portant à 100 000 km.
CPT.com
01/2026
Source Reporterre
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